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L'Oïdium

Patrick Rose

Révision janvier 2004 (Adaptée à la nouvelle réglementation des produits phytosanitaires)

 

Merci de citer ce travail comme suit :

ROSE Patrick (1989)

L’Oïdium

Le petit bégofil

N°5, novembre 1989

 

            Le Begonia représente un genre suffisamment vaste, pour que l'on réfute d'emblée l'appellation de plantes sensibles ou fragiles, ou à l'inverse, les qualificatifs généralisants de costaud, increvable ou résistant. Cependant, il existe plusieurs maladies ou prédateurs qui peuvent toucher, endommager ou pire réduire à néant vos grands bambusiformes, le velours d'un Begonia imperialis ou la crassulescence d'un B. nelumbifolia. Et comme rien n'est jamais facile, c'est bien sûr en hiver, au moment où les plantes sont les plus fragiles que tous les champignons, insectes, acariens etc... se déchaînent. En vrac, citons quelques uns des ennemis les plus courants et les plus connus de nos chers Begonia en intérieur ou en véranda : l'oïdium, bien sûr, le célèbre "blanc" (de la vigne, du rosier, de la tomate, du melon...), le botrytis (plus connu sous le nom de pourriture grise), les pucerons parfois moins importants et moins redoutés car rares chez l'amateur, les pourritures de la tige ou du collet, les nématodes, les bactérioses et viroses.

L'oïdium du Begonia est le principal ennemi, que ce soit en serre ou en appartement. Il est la principale cause de mortalité de la plupart des Begonia dès qu'ils arrivent dans un appartement inadéquat. En serre, nous luttons préventivement contre lui, surtout dans le cas de monoculture, comme à Rochefort. De son nom latin Erysiphe polyphaga ou Microsphaera begoniae, l'oïdium du Begonia se caractérise d'abord par des attaques foliaires. Les petites taches blanches apparaissent sur les faces inférieures (il faut toujours soulever le feuillage, et observer toute la plante). Ces taches, d'abord isolées, plus ou moins arrondies ou frangées ont l'aspect d'un feutrage poudreux et peuvent s'étendre sur les tiges, en les entourant d'un manchon grisâtre caractéristique. Sur la face supérieure, les taches sont plus ou moins blanches, parfois grisâtres ou brunes (on observe ainsi sur des feuilles épaisses et cireuses comme celles des B. conchifolia ou B. nelumbifolia, des taches brunâtres sans qu'il y ait formation de mycélium). En s'étendant, ces taches se multiplient et finissent par confluer. Les tissus sous-jacents de la feuille se nécrosent alors, brunissent, se dessèchent, entraînant la perte de la plante. L'aspect blanchâtre est du au développement d'un mycélium extérieur qui envoie ses suçoirs dans les cellules épidermiques perturbant ainsi la fonction chlorophyllienne, ce qui en résumé, supprime les fonctions assimilatrices de la feuille. En cas d'attaques graves, les pétioles, les tiges, et/ou fleurs peuvent être touchés.

Les conditions de développement

Je me méfie toujours plus particulièrement au printemps et en automne, quand l'alternance de température jour/nuit commence à être importante. L'atmosphère sèche d'un appartement a également tendance à favoriser le développement du champignon. A ce sujet, je suis toujours un peu surpris par la croyance qui veut que le bassinage et l'atmosphère humide favorise l'oïdium.

Au contraire une hygrométrie élevée place la plante en condition idéale pour résister à cette maladie qui est, comme beaucoup de champignons, une maladie de "faiblesse" attrapée en situation de stress.

Par contre, il est vrai que l'aspersion et les éclaboussures favorisent la dissémination, qui se fait pourtant normalement par voie aérienne, le moindre courant d'air entraînant les spores. En fait, la présence d'un film d'eau à la surface des organes gêne le développement du champignon en produisant la pourriture de ses propres organes végétatifs les conidies ou oïdies qui donnent l'aspect blanc et poussiéreux que l'on connaît.

 

Figure 1 Manchons poudreux d'oïdium sur bégonia tuberhybrida

 

Figure 2  Forme sexuée du champignon...

Figure 3 ...sur le limbe de B. sp. Philippines

 

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Des espèces ou cultivars plus sensibles

Certains Begonia sont effectivement plus réceptifs mais cela dépend également de la région, du climat, de l'éclairement de votre serre, intérieur ou véranda et, bien sûr, des soins que vous apportez à vos plantes.

Ainsi, je surveille toujours plus attentivement chez nous certains vieux hybrides comme B. 'Lucerna' ou B. 'Argenteo guttata' que j'ai toujours observé plus réceptifs. Je me méfie également de B. dregei, B. suffruticosa et des africains plus ou moins épiphytes comme B. manii ou une espèce lui ressemblant beaucoup, à fleurs blanches, rapportée d' Afrique par Patrick Blanc à M. Millerioux, il y a quelques années (B. eminii, peut-être....). Très sensibles également, au point de perdre leurs feuilles en trois jours, les B. 'Thimotei', B. 'Mme Fanny Giron' et B. 'It' qui ne perd pas ses feuilles mais se tache irrémédiablement, ce qui vous oblige à les supprimer.

Encore une fois, il s'agit d'observations personnelles sur les plantes que nous cultivons et qui peuvent très bien, après tout, ne pas être placées dans les conditions idéales qui leur permettraient de résister vraiment ou d'empêcher la contamination. N'allez pas bouder certains cultivars sous prétexte d'oïdium alors qu'ils ont des floraisons fabuleuses (Je pense bien sûr à B. 'Thimotei' en écrivant cela) ou des qualités qui font oublier une petite sensibilité.

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Comment lutter

Deux règles d'or, en matière de Begonia et d'oïdium. D'abord, surveiller attentivement vos plantes. C'est une généralité, Je dirais même une banalité. Mais, un œil exercé à la longue finit par détecter très vite le détail qui cloche, la teinte anormale, le flétrissement qui doivent vous alerter. Ensuite, avoir toujours à portée de main le produit adéquat.

Souvent latente, la maladie apparaîtra brusquement et ira ensuite très vite. Le traitement se fait immédiatement, dès que vous avez décelé le moindre symptôme. En trois jours, vous pouvez voir se défolier une plante de deux mètres.

Ne nettoyez pas tout de suite une plante malade que vous venez de traiter. D'abord, parce que tous ces produits sont relativement dangereux, ensuite parce qu'il faut bien qu'ils agissent (ils doivent sécher et on leur attribue en général une journée, voire même deux à trois jours pour être efficaces ). Enfin, parce que vous traitez pour préserver l'intégralité du feuillage de votre protégé, il vous faut attendre d'abord qu'il ait un peu reconstitué sa ramure avant de lui enlever tout ou partie des feuilles malades, ce qui aurait le même effet qu'une attaque d'oïdium.

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Les produits

La plupart des Matières Actives que nous utilisions étant aujourd’hui interdites il nous reste que le Bitertanol© et le Dinocap©. Il faudra éviter de traiter aux heures chaudes sous peine de voir le feuillage se tacher. Le Bitertanol© à l’avantage d’avoir un spectre d’action plus large (luttant à la fois contre l’oïdium et plusieurs autres champignons qui  ne touchent pas les Begonia).

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Quand traiter

En cas d'attaque: immédiatement, en traitant également les voisins, voire même tous les Begonia de la maison. En règle générale, si vous êtes collectionneur et possédez plusieurs pieds, prenez l'habitude de traiter préventivement une fois tous les dix à douze jours, en alternant les produits tous les deux ou trois traitements.

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En résumé :

Symptômes : taches blanches poudreuses sur et sous les feuilles, le long des tiges

Causes: atmosphère trop sèche, nutrition trop azotée, toutes situations de stress.

Begonia les plus sensibles: B. 'Argenteo-guttata', B. 'Thimotei', B. 'Lucerna', B. 'It', B. 'Mme Fanny Giron', tous les Begonia de potées fleuries (elatior et cie), tous les tuberhybrida et semperflorens en intérieur ou en véranda trop chaude.

Sensibilité moyenne : B. 'Astrida' - B. rex 'Silver Queen'.

Lutte : surveillance régulière, élimination des organes ou rameaux atteints. Traitement préventif de toute nouvelle plante récemment introduite dans votre collection.

Traitements préventifs ou curatifs : Dinocap©, Bitertanol©

 

N.B. J'ai volontairement omis de vous parler du soufre, car peu d'amateurs l'utilisent. C'est en fait notre principale arme préventive, professionnellement. Nous sublimons chaque semaine une coupe de fleur de soufre, dans une lampe à soufre (qui n'est en fait qu'une résistance, mais dont le prix dépasse largement celui d'une lampe halogène) qui en se répandant dans l'atmosphère empêche plus ou moins l'apparition de l'oïdium.

Rien ne vous empêche de l'utiliser en poudrage ou en pulvérisation (il existe des formulations particulières à discuter éventuellement avec le responsable de votre coopérative agricole) mais il vous faut alors savoir que son odeur reste très particulière et est souvent mal supportée. De plus, il convient de l'utiliser dans une plage de température assez large certes mais cependant très précise. En effet, il est inefficace en dessous de 10° ou devient phytotoxique au delà de 30°. Soyez donc prudent surtout en été et surtout en serre ou dans tout local clos.

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