Patrick Rose
Merci
de citer ce travail comme suit :
ROSE Patrick (1988)
Les
bégonias : Ombre ou soleil ?
Le petit bégo-fil
N°2, décembre 1988
A force de ranger les Begonia parmi les plantes dites d'ombre, on en vient vite à les considérer comme des végétaux abhorrant la lumière et à fortiori le soleil. A tel point que l'on ne leur réserve plus que des fonds de pièces obscures, sous prétexte d'avoir entendu dire qu'ils craignaient le soleil. Quelque soit l'espèce ou la variété, ils sont tous rangés dans la même catégorie que les fougères, Gesneriaceae et autres plantes d'ombre.
Sans plonger dans l'excès contraire, il faut savoir que plusieurs Begonia peuvent très bien supporter un ensoleillement moyen, voire même total pour peu qu'ils aient été "acclimatés" au préalable. Loin de moi l'idée de classer chaque espèce dans une catégorie précise soleil, ombre, ou demie ombre à l'instar des Thompson dans leur ouvrage. Je voudrais juste, à partir de quelques exemples, donner les quelques critères généraux de reconnaissance qui peuvent aider à choisir pour tel ou tel Begonia l'exposition la plus proche de l'idéale.
Ce qui caractérise le mieux les Begonia, c'est le polymorphisme qui frappe toujours quand on est confronté pour la première fois à ce genre. Les feuilles, les tiges, le port, les fleurs sont différents d'une espèce à l'autre.. Les couleurs sont variées, souvent contrastées et c'est, d'ailleurs, ce qui fait la beauté de ces plantes.
Il faut d'abord observer la forme et la couleur de la feuille. C'est, à mon sens, le principal critère sur lequel se baser pour déterminer les besoins en lumière de la plante. Je dis principal, car je tiens également compte de plusieurs autres facteurs : diamètre de la tige, pilosité du feuillage, du pétiole, de la tige, port plus ou moins trapu, et quand on les connaît, origine géographique ou variétale de la plante ( il faut bien sûr, être certain de l'identification).
La forme et la couleur de la feuille sont mes critères prédominants, car cet organe est pratiquement dans l'ensemble du règne végétal, l'une des marques extérieures de l'adaptation de la plante à un climat particulier. Observez les cactées, qui dans leurs formes évoluées l'ont fait disparaître, au profit des tiges, pour mieux résister au soleil et à la sécheresse. Les euphorbes et les crassulacées l'ont également éliminée ou l'ont épaissie. Plus près de nous, les asperges n'ont plus de feuilles, tout est dans la racine.
Chez les Begonia, on a pu remarquer qu'un feuillage très découpé comme celui de B. heracleifolia ou B. carolineifolia pour les rhizomateux ou B. 'Sophie Cécile' pour les bambusiformes enduraient très bien une lumière vive, voire même quelques heures de soleil, le matin ou le soir. A la lumière, ce type de feuilles se transforme, la découpure s'accentue, les couleurs se font plus vives.
A la suite de ces formes lobées, il faut également retenir pour leur résistance à un soleil léger, les feuilles à lobes crispées (B. 'Aladdin' par exemple), ou à bords crispés (B. 'Bunchii', B. manicata crispa). Pour ces derniers, j'en viens tout naturellement à considérer l'épaisseur, non plus seulement de la feuille, mais également et surtout de la tige. Cette dernière est aussi témoin d'une adaptation et d'une capacité à supporter l'assèchement. C'est avant tout de l'eau, sa fragilité le prouve mais dont l'extérieur peut se brûler, durcir, brunir, au point de résister au soleil le plus violent.
Quand ce n'est pas suffisant, les stipules prennent le relais. Ces petites pellicules qui enveloppent les jeunes feuilles au débourrage restent parfois sur la plante. Elles peuvent être très épaisses, larges, de la longueur d'un entre nœud. Ce dernier, sur les espèces plus habituées au soleil est, en général, plus court. Observez ainsi B. venosa. Cette plante est fascinante.
D'aspect général elle est trapue. Ses tiges sont courtes et sont justement bien abritées sous ces fameux stipules. Les feuilles sont très épaisses (jusqu'à 1/2cm), imbriquées ]es unes dans les autres, formant une espèce de coquille entrouverte. Mais surtout, elles sont recouvertes de ce fameux tomentum blanc qui les protège comme une pellicule laineuse. Il s'épaissit au soleil, redisparaît à l'ombre, preuve qu'il n'est pas là par hasard.. Ce même tomentum se retrouve sur B. peltata. Il devient presque "lainage" sur B. 'Général Jacques' (B. scharffiana x B. venosa) à noter également pour ses stipules. Ce tomentum peut ainsi recouvrir toute la plante, feuilles et tiges.
Le plus surprenant est qu'il diffère de la pubescence des feuilles de B. metallica, B. scharfiiana et consorts. Ceux là sont parfois délicats à acclimater à la lumière vive. Aucune brusquerie, sous peine de les voir pâlir, perdre leurs feuilles ou casser leurs tiges sous l'effet des brûlures. Ceci dit, plus ils auront de lumière et plus ils fleuriront. Quatre heures de soleil par jour et vous voyez s'épanouir pour de longs mois, parfois même toute l'année les B. 'Jean Lotte', B. 'Credneri', B. 'Margaritae' et même B. 'Centenaire', que l'on dit à tort peu florifère ( il a le tort de ne fleurir qu'au bout de seize à vingt mois de culture ).
Pilosité, découpure, rhizome épais presque ligneux, couleur rouge qui s'accentue à la lumière, voilà le B. 'Ricinifolia' exemple parfait de la résistance à la, lumière. Cette couleur rouge est due a ce que les scientifiques appellent des "anthocyanes de défense". Pour compenser le pigment chlorophyllien un peu faible face au soleil, la plante produit un pigment rouge: l'anthocyane, plus résistant.
L'origine géographique entre également en ligne de compte. Les Begonia d'origine américaine et notamment les rhizomateux mexicains (B. hydrocotylifolia, B. carolinaefolia, B. bowerae) apprécient une bonne luminosité. Il y a bien sûr les exceptions telles que B. imperialis et ses variétés qui doivent vous inciter à vous méfier de ces plantes duveteuses. De même, peu de bégonias asiatiques (B. goegoensis, B. decora) tiennent vraiment le coup en plein soleil à l'exception de B. masoniana dont le gaufrage s'accentue encore (une autre forme bizarre qui témoigne d'une solide adaptation).
L'origine du croisement peut vous faire également réfléchir. Les hybrides résultant du croisement de B. semperflorens (B. cucullata, B. schmidtiana) tels que B. 'Corbeille de Feu' n'ont pas été crées en général pour garnir les coins ombragés du jardin.
Je terminerais en vous donnant rapidement quelques conseils de culture, simples et valables plus ou moins pour toutes les plantes. N'arrosez vos plantes que le matin ou le soir avec une eau chambrée, jamais à midi avec une eau glacée, les Begonia ont horreur de ça. Arrosez les régulièrement mais ne vous fixez pas une fréquence obligatoire qui ne tiennent compte, ni de la lumière, ni de la température, Celles-ci peuvent faire varier du tout au tout la consommation d'eau de vos plantes. Si vous cultivez des Begonia en plein soleil installez les progressivement afin qu'ils se "forment" et durcissent. Tournez les d'un quart de tour par semaine pour qu'ils restent équilibrés dans leur croissance. Arrosées plus souvent les racines auront besoin d'air, augmentez pour ce faire la proportion de sable grossier dans le mélange.