[qui est-il] [Symptômes] [Conditions de développement] [Lutte] [Produits] [Résumé]
Patrick Rose
Merci
de citer ce travail comme suit :
ROSE Patrick (1990)
Le Botrytis
Le petit bégofil
N°6, mars
1990
La seconde maladie qui puisse affecter le genre Begonia de façon importante reste le Botrytis, plus ou moins connu sous le nom de "pourriture grise". J'ai bien conscience que son importance en intérieur n'est pas celle de l'oïdium et que ses attaques sont plus concentrées en serre où il trouve, comme nous le verrons plus loin, les conditions idéales de développement. Mais, plusieurs d'entre vous possèdent une serre, une véranda, parfois un peu froides, où cet ennemi sournois peut s'installer irrémédiablement.
Botrytis cinerea est le plus connu d'une longue série de
pourritures sèches ou humides, nécroses ou flétrissures qui peuvent attaquer
nos chers végétaux. Son importance en horticulture est considérable, si tant
est qu'il soit jamais possible de s'en débarrasser complètement. Nombre de
cultures sont dirigées en fonction de ses conditions de développement et vous
ne trouverez pas un producteur de Pelargonium, de cyclamen ou de
chrysanthèmes qui ne puisse vous expliquer avec précision les dégâts qu'il a pu
un jour constater après une attaque soudaine de Botrytis. Il n'est en
fait que l'appellation savante, la domestication technique des pourritures qui
peuvent endommager une plante. C'est pratiquement l'ennemi le plus polyphage du
monde végétal.
La maladie débute par des nécroses brunes
sur les feuilles qui se développent de façon concentrique autour de la tache originelle.
Ces nécroses peuvent apparaître au centre du limbe après un choc; ou à la
périphérie en cas de dessèchement. Si l'attaque se prolonge, un feutrage
grisâtre apparaît, donnant aux organes attaqués l'aspect de poussière grise. Au
moindre contact; un nuage se soulève emporté par le plus léger souffle de vent.
A ce moment là, la maladie est en train de se transmettre aux plantes voisines.
Sur les boutons floraux et les fleurs : après la naissance d'une petite tache
brune sur un ou plusieurs pétales, le champignon provoque la chute des fleurs
en quelques jours.
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Botrytis cinerea : dégâts sur Begonia sp. |
Botrytis cinerea : dégâts sur Begonia sp |
Voici, maintenant, quelques précisions. En résumé, l'association fraîcheur humidité élevée est l'idéal de développement du champignon mais ce n'est pas toujours aussi simple que cela. D'abord, une température relativement basse de 16 à 18° (très facilement atteinte par des nuits d'été un peu fraîches, ou en hiver et surtout en serre) et une hygrométrie importante (70 à 80 % ), ce qui est courant après un arrosage ou un bassinage, favorisent l'apparition puis l'extension de la maladie.
La sensibilité est bien sûr proportionnelle aux exigences des différentes espèces (pensez aux lieux d'origine) ou des différents cultivars (pensez alors aux origines des parents ). La fragilité des tissus (finesse des feuilles), leur texture (pubescence, pilosité ou tomentum), la compacité de la plante rentrent elles aussi en ligne de compte.
D'abord, avant d'envisager la conséquence, réfléchissez à la cause. Le Botrytis se développe dans des conditions bien particulières, à vous de ne pas les installer. Selon les températures du moment, arrosez de préférence le matin. S'il fait trop froid à l'extérieur, si la température ne doit pas augmenter considérablement dans la journée et si vos plantes peuvent s'en passer, remettez l'arrosage à plus tard. Évitez toujours dans ces conditions de mouiller le feuillage. Arrosez au pied, sans éclabousser. Les horticulteurs ont maintenant genéralisé l'installation des systèmes d'arrosage localisé (goutte à goutte ou subirrigation) qui leur permettent non seulement de gagner du temps, mais aussi, d'arroser chaque plante sans éclabousser elle-même ou sa voisine. L'investissement consacré à ce type de système démontre, s'il en est besoin l'importance donnée au problème par les professionnels. Aérez régulièrement et distancez vos plantes. Ne les tassez pas sous prétexte de créer un décor, un effet de jungle ou de masse. D'abord, chaque pied ne peut que souffrir du manque de lumière et sera toujours plus beau si la luminosité est diffuse Surtout, le passage de l'air entre les plantes est indispensable pour éviter la stagnation. La température est également un facteur important, et le maintien d'une température suffisante peut garantir l'absence de maladies. Ceci dit, c'est parfois le plus difficile. Attention aux gouttes dues à la condensation. Une plante parfaite le soir peut se retrouver littéralement transpercée le lendemain par quelques gouttes tombées toute la nuit sur la même feuille, au même endroit. C'est souvent ainsi que tout commence. Soyez donc attentif. Attention aux blessures qui sont autant d'agents de pénétration. Une plaie ou un étranglement dû à un lien plastifié mal disposé, une petite entaille, un sécateur ou un greffoir sales ou mal affûtés et vous ouvrez la porte en grand à notre pourriture ou à d'autres maladies parfois plus graves encore (bactériose par exemple). Ne nettoyez et ne taillez donc que ce qui est nécessaire.
Isolez les variétés les plus sensibles ou qui vous
semblent les plus fragiles. Méfiez vous des variétés pubescentes que vous
pouvez parfaitement bassiner en été, contrairement à ce que conseillent
certains esprits chagrins. Mais, elles doivent impérativement sécher avant la
nuit surtout si celle-ci doit être un peu fraîche. Attention aux "Rex
cultorum" en hiver. Attention à leurs boutures en toute saison.
Ne forcez pas sur l'engrais, surtout azoté, vous ne
feriez que fragiliser les tissus. Adaptez l'arrosage, la température,
l'aération et la luminosité à l'espèce ou au cultivar mais également et surtout
au stade de culture. Un B. heracleifolia, ou ses différentes variétés placées
à l'ombre ou en serre humide, à fortiori s'ils ont un peu froid, sont des
candidats rêvés pour la poubelle. Durcissez vos plantes en les aérant
progressivement; ne les cloisonnez pas toutes en serre chaude et humide. Placez
les à la lumière si elles en ont besoin, c'est encore comme cela qu'elles
resteront compactes et fleuriront le mieux.
Le Botrytis est principalement une maladie
de faiblesse, de stress qui profite de la fragilisation d'une plante pour
s'installer. Ayez des plantes fortes, saines, naturelles et vous n'aurez pas de
problèmes.
En cas d'attaque isolée, si une plante compte deux
ou trois feuilles abîmées, nettoyez immédiatement, ôtez les fleurs tombées sur
les feuilles inférieures, isolez le sujet atteint, sectionnez proprement les
pétioles, tiges, hampes atteintes. Arrosez encore plus délicatement. Ne placez
pas la plante en plein courant d'air sous prétexte de l'aérer : si la maladie
est déjà installée, vous ne feriez que disséminer les spores. Lavez-vous les
mains et lavez les outils avant de passer à une autre plante (l'homme est le
principal vecteur de transmission des maladies végétales)
Une fois encore et cela nous ramène à l'oïdium le nettoyage régulier, la surveillance journalière de vos plantes priment sur toutes opérations. C'est ce qui vous permet de déceler à temps les premiers symptômes avant que cela ne devienne trop grave.
Chimiquement, vous disposez d'un arsenal toujours plus complet. L'une des plus vieilles matières actives, la plus connue peut-être est le Benlate. Elle reste très, usitée mais on a noté en grandes cultures des accoutumances de certaines souches de champignon à ce produit.
Vous pouvez l'utilisez en alternance avec le Méthyl-thiophanate dont je vous ai déjà parlé ou l'Iprodione . Si vous cultivez vos Begonia dans des proportions importantes en serre ou en véranda, n'hésitez pas à faire des traitements préventifs tous les 8 à 10 jours ( à peu près notre fréquence à Rochefort). Si vous constatez quelques symptômes et que le temps se prête au développement du champignon : traitez.
Attention, il vous faudra alors surveiller l'efficacité de votre traitement et recommencer éventuellement quelques jours plus tard. Si, par exemple, vous constatez l'apparition ou l'extension de taches deux jours après votre traitement, recommencez au plus tard cinq jours après le premier. Si l'attaque est importante, le double, voire même le triple traitement est obligatoire, accompagné d'un nettoyage rigoureux et d'une surveillance accentuée. Cessez alors tout arrosage. Remontez le thermostat si possible tout en aérant au moins une fois par jour. En traitant, il est inutile de noyer votre plante, il faut seulement pulvériser un jet fin, même un brouillard sur l'ensemble de la plante, sur et sous les feuilles, aux aisselles, sur la base des tiges. Soyez complet, mais pas abusif. Répétez parfois le traitement, mais ne forcez jamais trop les doses, un excès de botrycide provoquant souvent un blocage de la plante qui stoppe sa croissance définitivement ou au moins pour de longs mois, elle risque de perdre son feuillage asphyxié ou brûlé.
Dernier conseil en ce qui concerne les boutures, prenez l'habitude, outre les questions de température ou d'humidité, de traiter une ou deux fois, les deux ou trois premières semaines, en tous cas, au moins une fois à la plantation pour éviter une fragilisation excessive.
Je ne vous ai donné que les produits à la fois les plus efficaces et les plus faciles à se procurer. Voici cependant quelques autres matières actives qui permettent d'alterner les familles de produits afin d'éviter l'accoutumance et par là même la résistance des souches du champignon : Oxyquinoléine - Vinchlozoline - Procymidone
Tous ces produits ne sont pas forcément en vente libre, contactez votre coopérative agricole ou votre jardinerie habituelle. Pour tous, prenez toujours le maximum de précautions afin d'éviter les accidents dus à des ingestions malheureuses. Éloignez les enfants, les animaux, ne fumez jamais en traitant et lavez vous toujours les mains et le visage après. Une règle d'or si vous vous servez régulièrement de ces liquides ou poudres, ayez toujours à portée de main le numéro du Centre Antipoison le plus proche ( en première page de tout "annuaire avec les services d'urgence ) bien en évidence car on s'affole toujours quand arrive un accident. et l'on ne sait plus où retrouver le numéro en question.
Les symptômes: feutrage grisâtre, pourriture grise, nécroses sèches, picotes sur les fleurs ou flocons mousseux gris s'envolant au moindre contact ou au moindre souffle d'air.
Les précautions: température et hygrométrie adaptées aux plantes, aux conditions de culture, aux conditions climatiques. Aération quotidienne mais pas de courant d'air. Distancer les plantes, les endurcir.