[Que sont-ils] [Symptômes] [Conditions de développement] [Lutte]
Patrick Rose
Merci
de citer ce travail comme suit :
ROSE Patrick (1990)
Les
acariens
Le Petit Bégofil, Publication de l’Association Française des Amateurs de Bégonias – ISSN 1162-9991
N°7, juin 1990
J'aborde dans cette troisième partie de l'étude des maladies et prédateurs de nos chers Begonia, une partie moins connue de l'ensemble des amateurs et qui peut pourtant provoquer d'énormes ravages. Les acariens ne sont en général que peu traités dans les manuels, peu cités dans les conseils de culture et, pourtant...
Ce ne sont pas des insectes, et c'est là le premier commandement qui devra conduire votre lutte, le choix du ou des produits qui vous serviront à les combattre. Ce sont des arachnides ou si vous préférez, des araignées miniatures: les célèbres araignées rouges, grises ou jaunes de vos fruitiers. Ils sont phytophages (herbivores) ou carnivores. Certains s'attaquent aussi à l'homme, ainsi les aoûtats, bien connus des pique-niques en été. On les trouve parfois dans les comédons (points noirs). La gale, enfin est le plus célèbre d'entre eux.
Ils piquent les plantes et sucent la sève. La salive qu'ils injectent à cette occasion provoque une réaction des végétaux qui se traduit par différents symptômes. Les plus visibles et les plus connus sur les plantes sont les Erinoses ou galles du tilleul, de la vigne ou du noyer. En appartement, le symptôme le plus repérable est la fameuse toile du Tétranyque tisserand (Tetranychus urticae) qui lui sert de nid et de protection imperméable. Sur le Begonia, les espèces les plus fréquemment rencontrées sont minuscules et invisibles à l'œil nu. Tarsonemus pallidus, souvent appelé le Tarsonème du fraisier, se développe sur plusieurs plantes de serre ou d'appartement (Cyclamen, Fatsia, Saint Paulia...).
Ils sont nombreux et très caractéristiques mais peuvent être confondus, considérés isolément, avec d'autres problèmes souvent d'ordre physiologique. Vous constaterez d'abord un ralentissement de la végétation, une perte de vigueur de la plante. Les bourgeons avortent, surtout sur les bégonias rhizomateux, les X Rex cultorum. Le rhizome se couvre de bourgeons prêts à démarrer mais qui sèchent et tombent avant d'avoir pu se développer. Ce type de symptôme doit vous alerter, mais il peut aussi être dû à un coup de froid ou à un excès d'eau. Si elles ont réussi à se développer ou si l'attaque est plus tardive, les feuilles (surtout les jeunes) restent petites, rabougries, fripées, très coriaces, plus dures au toucher. Chez les X Rex Cultorum, la plante forme très rapidement une rosette de petites feuilles au milieu des plus grandes et plus anciennes. Chez certains espèces ou hybrides, notamment les B. X Tuberhybrida, B. X elatior, les B. heracleifolia et var., les B. incarnata (var. et hybrides), les feuilles peuvent même se crisper et présenter des revers ourlés (voir à la fin la liste des plantes les plus sensibles). La "subérisation" (suber : liège) de certaines parties constitue le troisième symptôme marquant. Il ne doit pas être considéré à lui seul comme déterminant car plusieurs buissonnants ou bambusiformes présentent des tiges lignifiées à la base après quelques mois. Cependant une jeune plante avec une tige subérisée est vraisemblablement atteinte.
Des plaques d'aspect liégeux couvrent la tige et éventuellement les feuilles au moins sur leur revers. Ces plaques liégeuses peuvent devenir de véritables manchons qui engainent complètement les rhizomes surtout sur des B. carolinaefolia, B. 'Verschaffelti'. J'ai vu ainsi des B. carolinaefolia bloqués, la pointe de leur rhizome refusant irrémédiablement de laisser passer le moindre bourgeon. Même après le traitement, ces plaques subsistent et la ramification n'intervient qu'en dessous du niveau du début de l'attaque. A ce stade, les feuilles peuvent également se couvrir partiellement de poils ou plus exactement d'un fin duvet surtout si elles présentent déjà cette caractéristique naturellement.
Sur les buissonnants et bambusiformes, des portions de tige se subérisent sans pour autant couvrir toute la plante. On constate alors un ralentissement de la végétation, un rétrécissement de la tige à cet endroit. Le symptôme est fréquent sur B. 'Fuchsifoliosa' et B. fuchsioides, sur B. albo-picta, B. 'Medora', B. boisiana, B. 'Mrs Fred T. Scripps'.
Attention, car ce type de symptôme ne doit pas être confondu avec une "lignification" de la tige de certaines vieilles plantes (B. egregia, B. vitifolia et tous 1es "gros bois", B. albo picta lui-même). En général les plaques résultant de réactions aux attaques d'acariens sont plus claires, parcourues de vaisseaux verts comme si elles éclataient ici ou là sous la pression de la tige. De toute façon, il vous faut toujours associer plusieurs symptômes pour être vraiment sûr. Le dernier signe à repérer, surtout sur B. X Elatior et B. X Tuberhybrida est enfin l'avortement des boutons floraux qui peuvent eux-mêmes se couvrir de plaques liégeuses et tomber un peu comme les bourgeons de feuilles.
C'est surtout par temps chaud, en atmosphère sèche que ces charmants animaux vont se manifester. En été, l'élévation de la température dans la serre ou derrière une fenêtre trop exposée au sud ou à l'ouest amène fréquemment à une intervention curative. En hiver, un chauffage par air pulsé dans la serre ou un chauffage électrique dans l'appartement abaisse l'hygrométrie et favorise les attaques. Les plantes placées trop près du chauffage quel qu'il soit, sont également sujettes aux prédateurs.
Il convient d'abord de relever l'hygrométrie en bassinant le sol de la serre, en bassinant les plantes, en les plaçant sur la bonne vieille soucoupe emplie de graviers humides. Douchez régulièrement les plantes déplaçables.
En été, voilez les fenêtres trop exposées. En serre, ombrez ou protégez les parois et la couverture. En extérieur plus particulièrement (mais aussi sous serre ou en appartement), évitez les courants d'air, les situations trop venteuses très desséchantes. En serre, désherbez soigneusement pour éviter les préservations d'œufs ou de femelles hivernantes sur de banales adventices qui sont en fait de redoutables repaires.
Préférez le chauffage de fond dans les serres, plus économique et moins stressant pour les plantes. En appartement, placez des saturateurs sur les radiateurs.
Elle reste comme toujours la dernière alternative mais soyez particulièrement vigilants : d'abord au choix du produit, ensuite à son application et aux précautions dont vous devrez vous entourer. Traitez avec des produits spécifiquement acaricides ou bien polyvalents. Assurez-vous de cette caractéristique car un insecticide n'a AUCUNE action sur les acariens. En serre, traitez en hiver sur les parois, les pieds des tablettes (refuge privilégié des formes hivernantes, les femelles en général).
Quoiqu'il en soit, soyez extrêmement prudents, les produits acaricides, comme tous les produits chimiques sont relativement nocifs pour ne pas dire dangereux. Souvenez-vous des conseils de prudence déjà donnés dans les numéros précédents et éloignez les enfants.